Sélectionner une page

Lors de la photoparisvintagefair, Camille exposera le travail de son défunt mari José They.

Voici quelques lignes présentant ses oeuvres ainsi qu’une biographie.

 

Texte d’Eugène Ionesco,

José They 1980 ARBRES

Pour pouvoir écrire, peindre ou dessiner, pour photographier, il faut avoir le don de
voir : 80%, le don de voir, 20% le métier. José They a les deux : les deux savoirs. Et qu’est ce qu’il y a à voir ? Derrière la réalité une autre réalité.

José They est un « spécialiste » des arbres. Comment a t il pu faire de cet arbre mort que j’ai sous les yeux, un roi, car c’est bien un roi. Puis, vu d’un autre coté, ce même arbre est un personnage nocif, un revenant peut être. Le ciel et la lumière jouent entre les bras de ce revenant. Les nuages donnent de la majesté au roi, le ciel de la solitude donnent de la grandeur à ce que j’appelle le revenant. Mais on peut y voir autre chose ; un thème se retrouve dans plusieurs des photos de José They.

Un couple d’arbres qui s’embrassent, conversent dans le lointain et qui, en second plan, dans un décor d’arbres et de lumière semblent se donner la main. Les mêmes êtres, au premier plan, se tiennent l’un en face de l’autre, se détachant dans une lumière grandiose. Là, ils sont plusieurs, extrêmement vivants. Et puis d’autres arbres, d’autres êtres solitaires réfléchissent. Ailleurs, l’arbre étend ses branches, ses bras, devient une croix, au sommet de laquelle se détache une tête couronnée. Ici des arbres semblent pris dans une bourrasque, luttent et se débattent

La faculté que José They possède d’exprimer la vie de ses créatures, de rendre plus vivant encore ce qui est vivant, de personnaliser, humaniser est tout à fait prodigieuse.

Il y a a beaucoup d’autres œuvres, d’autre photos. Je ne puis parler de toutes. Je puis dire qu’il est puissant et simple, je puis affirmer qu’il est un des photographes les plus doués de sa génération dans le monde, car il a le sens de la lumière et, comme je l’ai dit, le don de la vie.

Pour lui la caméra est un mystère, elle est pour lui un instrument d’écriture

Eugène Ionesco septembre 1980.

 

 

 

 

José They Arbres

« L’art ne reproduit pas le visible, il le rend visible » Paul Klee

José They est né en Tunisie, dans un pays ou le contraste d’ombre et de lumière imprègne chaque instant de vie et laisse une trace de douceur indélébile dans la mémoire.

Dés l’âge de seize ans, Il achète ses premiers appareils photos qui le suivront toute sa vie et commence à faire ses premiers clichés retraçant le passage de vie en Tunisie.
De retour en France en 1962, il effectue son service militaire au Cinéma des armées et se familiarise de bonne heure avec la représentation du vivant; il travaille ensuite dans le cinéma où il a l’occasion faire des rencontres décisives : René Vautier, pour le film « Avoir 20 ans dans les Aurès » et aussi Chris marker, Antoine Bonfanti, Paul Cebe, militants du groupe Medvekine, qui lui donnent l’occasion de réaliser de nombreux portraits et témoignages. Il est un des rares à posséder un portait de Chris Marker, qui avait pour habitude de censurer son image.

José They continue son travail dans le milieu du cinéma, en passant par la pub chez Jean Mineur, mais il va se consacrer désormais à sa passion, la photographie. Il effectue peu de clichés pour coucher ce qu’il voit sur la pellicule, car pour lui, la photo s’apparente à la chasse, c’est un seul coup qui tue, une seule image émerge qui doit être la bonne .

Comme le dit Paul Klee : « Il Voit d’un œil et ressent de l’autre »

il réalise de nombreux reportages de personnalités littéraires et artistiques: Eugène Ionesco, Jacques Prévert, Robert Doisneau, Marcel Arland, Jean Duvignaud, Yehudi Menuhin, Jacques Mauclair, Tsilla Chelton, Michel Faublée, Kudo, etc…

Il fait sa première exposition photo « Asphalt » à la galerie Demie Teinte, qui se trouvait alors Bd Montparnasse : il a réalisé cette série depuis le balcon de son appartement où il regardait passer les gens ; son sens aigu de l’observation lui a fait voir ce que le commun des mortels ne perçoit pas : le regard devient le sens de l’imagination, les ombres portées sur le sol jouent ici un rôle déterminant dans ces images , qui ne sont pas sans nous rappeler le «Mythe de la Caverne».

Il donne des photos à Jean Claude Lemagny, qui dirigeait alors la Bibliothèque Nationale, et le Centre Pompidou lui achète une œuvre.

Lors du tournage du film «La Vase» de Hans Kramer,, d‘après un scénario original d’Eugène Ionesco, il noue une relation amicale avec lui; il a l’occasion de réaliser des photos étranges avec le sculpteur japonais Kudo, qui avait été engagé pour faire des moulages des membres d’Eugène Ionesco, pour les besoins du film. Un de ses portraits a fait la couverture du Time, en son époque. Il a réalisé un portrait de lui avec trois nez, qui nous renvoie au «Rhinocéros» une des pièces cultes de Ionesco ; à l’occasion de plusieurs séjours en Normandie, il a pu réaliser de nombreux clichés avec Rodica, son épouse.

Il expose ensuite chez Jean Pierre Lambert, la série « Arbres » pour laquelle Eugène Ionesco a écrit un très beau texte de présentation. Il a réalisé ces photos dans le pays de Caux, sur les talus des anciens chemins creux ou les hêtres à demi mort sont envahis par le lierre; ils donnent ainsi à voir un théâtre de personnages évocateurs et mystérieux, qui suscitent l’imaginaire : la poésie d’une relation bachelardienne entre ciel et terre est prégnante : de tout temps, les arbres sont le symbole de l’humain, les racines profondément ancrées dans la terre, leur ramure s’éléve dans les nuages.

Il expose ensuite cette série en compagnie de deux autres photographes, à la Galerie Estella Chapiro à Mexico, amie d’Agueda lozano. Il en revient avec des images clés de son parcours artistique.

Il effectue lui même tous ses tirages noir et blanc et couleur dans son laboratoire, car pour lui, le travail du labo est fondamental tout au moins aussi important que la prise de vue : in fine, la relation quasi sensuelle à la matière révèle le sens caché des choses et seul celui qui a fait la prise de vue le détient et peut ainsi le mettre en lumière.

Il a l’occasion de fréquenter régulièrement le festival d’Arles, où il fait des rencontres importantes . Ses maitres sont Willy Ronis, Eugène Adget, Henri Cartier Bresson, Robert Doineau …

Il constitue alors au fil du temps une collection de photos anciennes et de plaques dont il a réalisé des tirages originaux.

2

Entre temps, il travaille beaucoup sur différents sujets liés à ses interrogations existentielles auxquelles il donne des représentations multiples ; son travail est axé sur la symbolique des images et la face cachée de l’iceberg, qui s’inscrivent dans la mémoire collective reliée à l’archaïque.

Il entreprend de travailler sur la couleur et réalise la série « Masques » qu’il a effectué dans des casses de voitures où les compressions des véhicules donnent à voir des images surréalistes.
Il expérimente alors des essais avec des virages couleurs sur des tirages noir et blanc, réalisés avec une technique spécifique qu’il a mise au point. Tous ces tirages sont fait par lui en Ciba chrome dans son labo.

Son évolution artistique le conduit à des essais constants sur des nouveaux matériaux qui relient désormais la photo à la peinture : Il travaille sur des chutes de papier couleur, récupérées de tirages fait pour des portraits qu’il réalisait en grand nombre , pour le compte d’une clientèle privée ; ces chutes qui gardaient la trace visuelle de «la Camera Oscura» revêtent pour lui une signification spécifique : la transformation, voire la destruction (il en déchirait les morceaux pour ne garder que des fragments de traces) de ce matériau de récupération a donné lieu à de nouvelles expériences graphiques, qui nourrissent de façon nouvelle son travail de photographe. Il commence à dessiner à l’encre de chine des signes néo cabalistiques sur ces nouveaux supports : la notion de «Vide et de Plein» chère à François Cheng, rejoint ici l’harmonie universelle de l’espace/temps.

Ce travail de transformation quasi organique lui a permis de se lancer sur une nouvelle voie proche de la calligraphie, un artefact reliant photo et peinture. Il a renoué ainsi avec sa relation mystique d’origine à l’univers du vivant en connectant les microcosmes représentés au macrocosme planétaire.

Son travail peut se définir comme une quête initiatique qui revêt une forme d’alchimie mystérieuse entre la demie teinte et le contraste, osmose sensible du secret et du visible.

Camille They 11/01/17.

« Car dans la douleur croitrait ma force jusqu’à la ruine » Paul Klee

 

 

Camille T.

Artiste Scénographe de jardin 

16 bis rue Salvador Allende 93 400 Saint Ouen  

+33 6 80 89 48 72    

camille.they@orange.fr      

 www.camillethey.com   

N° d’ordre Maison Des Artistes  B379631